Première partie Cinq chats miaulent sur le carrelage crasseux de l’étroite cuisine, un miaulement plaintif à la fois rauque et criard , dans tous les cas il est insupportable. La vieille jusque-là enfoncée dans son fauteuil et à demi-endormie devant son antique téléviseur à tube cathodique qui n’affiche rien d’autre que de la “neige” . Elle se redresse péniblement, toutes ses articulations craquent et semblent se remettre en place, ses os font un bruit similaire à celui du grincement du bois de la cale d’un vieux navire. Tout cela est chancelant, mais ça tient. La vieille tient debout, plus robuste que de l’ébène, et avance en traînant les pieds dans ses charentaises. Ça fait un bruit de frottement aussi désagréable, ou presque, que le miaulement des chats qui n’en finissent pas de s’agiter dans tous les sens, en se heurtant parfois. La vieille met un grand coup de pied dans ce regroupement de mendiants ayant l’air de crever la dalle depuis des décennies, mais le groupe se reform...
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Quoi de plus déroutant que de se réveiller tôt le matin en étant persuadé d'être lundi alors que l'on est que dimanche ? De se préparer car on a un rendez-vous important, de se hâter pour être à l'heure au rendez-vous en question, avant d'entendre un animateur radio souhaiter un bon dimanche à ses auditeurs. J'ai d'abord cru qu'il avait fait erreur, mais après vérification sur mon téléphone, effectivement, on était bien dimanche ! Ces épisodes de désorientation temporo-spaciale me gênent de plus en plus, si je n'avais pas allumé le poste de radio je serais allé jusqu'au lieu du rendez-vous, rien de bien grave en somme, mais le contraire pourrait très bien se produire ; me croire dimanche alors qu'on est lundi, que je prenne tout mon temps, fasse une grasse matinée alors que j'ai un rendez-vous. Ça serait, reconnaissons-le, assez problématique... Alors, puisque j'étais frais et dispo, j'en ai profité pour aller faire quelques courses...
J'aurais au moins essayé
Hier, vers 22 heures, je cesse mes nombreuses activités qui, je commence à le réaliser, me servent d'écran pour cacher la vérité nue de mon existence. À cacher, en d'autres termes, le fait que je mène une vie de merde. C'est une chose que de réaliser cela d'un coup en me levant de ma satanée chaise de bureau, s'en est une autre que de ressentir une profonde solitude, dans le genre seul dans le vide, et vide en soi. Cette solitude se transforme en angoisse puis aussi en grande tristesse que j'ai eu envie de noyer en m'arrosant le gosier d'alcool fort, car il agit un peu comme un décapant contre les sensations négatives. Je ne l'ai pas fait car de toute façon il était trop tard pour pouvoir me fournir en alcool, je n'habite pas Paris ou New-York. Dans une de ces deux villes je me serais peut-être laissé tenter, hors ce n'est pas le cas et finalement tant mieux... C'est en mangeant, en mâchant, en avalant le petit plat gourmet que je m...

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